CERCLE D'ETUDE DE LA DEPORTATION ET DE LA SHOAH
- AMICALE D'AUSCHWITZ (Midi-Pyrénées)

Dans le souffle des petits enfants

 

Dans le souffle des petits enfants

 

Sur le chemin du retour nous n’avons rien entendu, aucune vision miraculeuse ne vint troubler le silence

au dessus du lac des cendres à Birkenau.

Le monde était très calme et notre mémoire n’était plus à vif.

Les noms des lieux de l’horreur avaient pu être épelés,

Auschwitz

Birkenau

Treblinka

Maïdanek

Chelmno

Sobibor

Belzec

Terreur de nos enfances quand nos lèvres étaient sales.

Mais le soir nos esprits studieux se penchent sur ce passé que nous avons à transmettre, à analyser, à produire, à écrire.

Le monde était calme ce jour-là

Et la pliure de nos fronts

dans cette clarté,

Près du lac des cendres à Birkenau.

Nous avons mangé le pain du récit. Dans les temps enfiévrés de notre apprentissage, nous avons écouté, nous avons lu. O combien de lectures dans l’infini. Chaque récit était différent. Unique. Nous avons engrangé l’immensité des témoignages.

Mais le silence était plus grand au bord du lac des cendres à Birkenau.

C’est vers le soir que nous avons voulu devenir savants.

Comme un voeu qui nous engage au-delà de la solitude,

afin que l’immensité du ciel laisse se déployer une terre de connaissance.

O mon Dieu, par ta justice et par ta miséricorde,

jusqu’où ira notre science ?

Les âmes sont patientes et accueillent le silence

Mais d’où viendra notre espérance ?

 

Comme Moïse le transmit aux oreilles de Josué,

il nous faudra nous souvenir d’Amalec,

pour effacer son nom de dessous les cieux.

Nous effacerons les noms

des lieux

de l’horreur

de dessous les cieux.

Nous écrirons, nous épèlerons les noms des victimes,

mes frères et mes soeurs,

fleuve de toute bonté

rameau de la miséricorde

endurance de votre âme

palpitation visible.

Paradoxe de votre incarnation

Vous êtes un ciel

et ma main surprend le battement de votre sang dans la boue et les écorces

Vous me regardez

et un nom monte à mes lèvres

Votre regard est dans le nom

car l’air

était sans yeux

ce jour-là

Qui serons-nous pour vivre

alors,

quand le ciel très haut surplombe le lac des cendres à Birkenau ?

Nous nous appartenons mutuellement

lorsque nous quittons ces terres désolées

Qu’y aurait-il à faire de l’horreur ?

Rien,

sinon

transmettre le souffle de l’enseignement

le souffle de vie.

Car le monde se tient dans le souffle des petits enfants qui vont à l’école

Adam, il s’appelle

le souffle qui parle

ruah memalela

ruah memalela

ruah memalela

Dans le retrait de Celui qui exhala en nous l’âme de vie,

nous le maintiendrons cet espace,

Chivitti Adonaï lenegedi tamid

J’ai placé Adonaï

devant moi

toujours

Alors

perpétuellement

il vient,

dans l’infini,

le souffle des petits enfants.

Monique Lise Cohen

 

Colloque "Auschwitz : mémoire, histoire et transmission", Toulouse, 18-19 janvier 2005

Textes :

Des droits et des devoirs - Variations sur le thème incertain de l’universel

Dans le souffle des petits enfants

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