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Non, Ramallah n'est pas Auschwitz !

C'est à vous que j'adresse cette lettre ouverte, Monsieur l'écrivain José Saramago. Je suis une fervente admiratrice de vos oeuvres que j'ai lues et qui m'ont beaucoup impressionnées. Vous ne m'en voudrez donc pas si je vous dis que vous m'avez personnellement touchée et blessée au plus haut point lorsque vous avez comparé Ramallah à Auschwitz. Avez-vous été à Auschwitz, cher Monsieur ? Moi, Esther Manheim, j'y étais, et le numéro matricule tatoué sur mon avant-bras me rappelle jour et nuit ce qui s'y est passé.

Dans les rues de Ramallah, vous avez vu des enfants. A Auschwitz, on n'en voyait pas: dès leur arrivée, tous partaient en fumée dans les cheminées des fours crématoires. A Ramallah, vous avez vu des infirmes, des malades, des vieux. A Auschwitz, on ne les voyait pas: lors de l'opération de sélection, près de la Rampe, les S.S., d'un signe du doigt, les dirigeaient vers la mort sous les aboiements féroces et menaçants des bergers allemands. Les chambres à gaz et les crématoires fonctionnaient sans interruption.

Avez-vous vu à Ramallah déambuler des cadavres vivants, le crâne rasé, habillés de guenilles, qui transportaient péniblement des brouettes pleines de pierres, et leurs gardes-chiourme qui les faisaient courir en brandissant leur cravache ? Y avez-vous entendu, la nuit, les gémissements, les cris et les pleurs déchirants des mères et des pères auxquels on a ravi les enfants envoyés à la mort ?

Et la faim, Monsieur. La véritable faim, celle qui vous fait rêver à une tranche de pain ou à une assiette de soupe chaude. Avez-vous déjà vu des femmes s'introduire dans de grands récipients vides pour en lécher les parois sales, comme des chiens ?

Et la peur, Monsieur. La peur de se lever à l'aube et de répondre à l'appel, parce que vous ne saviez pas si le S.S. va vous sortir du rang pour vous envoyer à la mort. La peur de partir au travail, parce que vous ne saviez pas si vous en reviendrez. Peut-être ne courrez-vous pas suffisamment vite, selon le rythme imposé, peut-être allez-vous faillir et tomber pour ne plus vous relever. La peur de se réveiller à l'aube et de voir les cadavres que l'on a sortis pour l'appel, pour que le nombre de prisonniers soit exact !

Est-ce cela, Ramallah ? Non, Monsieur, cela, c'était Auschwitz. C'était l'enfer sur terre, un enfer unique en son genre dans l'histoire de l'humanité. C'était un enfer incomparable qui, je l'espère, jamais plus ne se reproduira. Moi, j'y étais.

Esther Manheim, Tel-Aviv

(article publié dans "Yedi'ot". Traduit de l'hébreu par Haya et Michaël Adam, Beer-Sheva.

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